Merci Emile
dimanche 27 septembre 2015
mardi 8 septembre 2015
Un tempo pour Consuelo
En s'interrogeant à cet égard avec sévérité,Consuelo reconnut
qu'elle ne se faisait aucune illusion et qu'elle n'avait pas la plus
secrète émotion de désir pour Anzoleto. Elle ne l'aimait plus dans le
présent, elle le redoutait et le haïssait presque dans un avenir où sa
perversité ne pouvait qu'augmenter ; mais dans le passé elle le ché-
rissait à un tel point que son âme et sa vie ne pouvaient s'en détacher.
Il était désormais devant elle comme un portrait qui lui rappelait un
être adoré et des jours de délices et, comme une veuve qui se cache
de son nouvel époux pour regarder l'image du premier, elle sentait
que le mort était plus vivant que l'autre das son cœur.
Consuelo George Sand page 466 ed Phébus
samedi 18 juillet 2015
Le mois de Marie ou le feston d'aubépines
C'est au mois de marie que je me souviens d'avoir commencé à
aimer les aubépines. N'étant pas seulement dans l'église, si sainte,
mais où nous avions le droit d'entrer, posées sur l'autel même,
inséparable des mystères à la célébration desquels elles prenaient
part, elles faisaient courir au milieu des flambeaux et des vases
sacrés leurs branches attachées horizontalement les unes aux autres
en un apprêt de fête, et qu'enjolivaient encore les festons de leur
feuillage sur lequel étaient semés à profusion, comme sur une traîne
de mariée, de petits bouquets de boutons d'une blancheur éclatante.
Mais, sans oser les regarder qu'à la dérobée, je sentais que ces apprêts
pompeux étaient vivants et que c'était la nature elle-même qui, en
creusant ces découpures dans les feuilles, en ajoutant l’ornement
suprême de ces blancs boutons, avait rendu cette décoration digne
de ce qui était à la fois une réjouissance populaire et une solennité
mystique. Plus haut s'ouvraient leurs corolles çà et là avec une
grâce insouciante, retenant si négligemment, comme un dernier
et vaporeux atour, le bouquet d'étamines, fines comme des fils de la
Vierge, qui les embrumait tout entières, qu'en suivant, qu'en essayant
de mimer au fond de moi le geste de leur efflorescence, je l'imaginais
comme si ç'avait été le mouvement de tête étourdi et rapide, au regard
coquet, aux pupilles diminuées, d'une blanche jeune fille, distraite et vive.
Marcel Proust La Recherche Du coté de chez Swann page 112 La Pléiade 1954
jeudi 11 juin 2015
dimanche 31 mai 2015
Le mal
“Le mal seul fait remarquer et apprendre et permet de décomposer les mécanismes que sans cela on ne connaîtrait pas.”
Marcel Proust La recherche S et G
samedi 2 mai 2015
Spleen
J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans.
Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans,
De vers, de billets doux, de procès, de romances,
Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,
Cache moins de secrets que mon triste cerveau.
C’est une pyramide, un immense caveau,
Qui contient plus de morts que la fosse commune.
– Je suis un cimetière abhorré de la lune,
Où comme des remords se traînent de longs vers
Qui s’acharnent toujours sur mes morts les plus chers.
Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,
Où gît tout un fouillis de modes surannées,
Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher,
Seuls, respirent l’odeur d’un flacon débouché.
Rien n’égale en longueur les boiteuses journées,
Quand sous les lourds flocons des neigeuses années
L’ennui, fruit de la morne incuriosité,
Prend les proportions de l’immortalité.
– Désormais tu n’es plus, ô matière vivante !
Qu’un granit entouré d’une vague épouvante,
Assoupi dans le fond d’un Saharah brumeux ;
Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux,
Oublié sur la carte, et dont l’humeur farouche
Ne chante qu’aux rayons du soleil qui se couche.
Charles Baudelaire Les Fleurs Du Mal
vendredi 24 avril 2015
Miroir
En réalité, chaque lecteur est quand il lit le propre lecteur
de soi-même. L'ouvrage de l’écrivain n'est qu'une espèce
d'instrument optique qu'il offre au lecteur afin de lui per-
mettre de discerner ce que sans ce livre il n'eût peut-être
pas vu en soi-même. La reconnaissance en soi-même,
par le lecteur, de ce que dit le livre, est la preuve de la
vérité de celui-ci.
Marcel Proust La recherche le temps retrouvé
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