samedi 20 février 2016
dimanche 7 février 2016
Déjà l'Hiver
Toute la jeunesse aboutit sur la plage glorieuse, au bord de
l'eau, là où les femmes ont l'air d'être libres enfin, où elles sont
si belles qu'elles n'ont même plus besoin du mensonge de nos
rêves.
Alors bien sûr, l'hiver une fois venu, on a du mal à rentrer,
à se dire que c'est fini, à se l'avouer. On resterait quand même,
dans le froid, dans l'âge, on espère encore. Ça se comprend.
On est ignoble. Il faut en vouloir à personne. Jouir et bonheur
avant tout. C'est bien mon avis. Et puis quand on commence
à se cacher des autres, c'est signe qu'on a peur de s'amuser avec
eux.
Louis Ferdinand CELINE Voyage au bout de la nuit
mercredi 20 janvier 2016
Poème cherche terre nourricière.
D'un fruit qu'on laisse pourrir à terre, il peut encore sortir un nouvel arbre. De cet arbre, des fruits nouveaux par centaines.
Mais si le poème est un fruit, le poète n'est pas un arbre. Il vous demande de prendre ses paroles et de les manger sur-le-champ. Car il ne peut, à lui tout seul, produire son fruit. Il faut être deux pour faire un poème. Celui qui parle est le père, celui qui écoute est la mère, le poème est leur enfant. Le poème qui n'est pas écouté est une semence perdue. Ou encore : celui qui parle est la mère, le poème est l’œuf et celui qui écoute est fécondateur de l’œuf. Le poème qui n'est pas écouté devient un œuf pourri.
C'est à cela que songeait, dans sa prison, un poète condamné à mort. C'était dans un petit pays qui venait d'être envahi par les armées d'un conquérant. On avait arrêté le poète parce que, dans une chanson qu'il chantait sur les routes, il avait comparé la tristesse qui rongeait jusqu'à l'os la chair de son corps aux fumées meurtrières qui avaient brûlé jusqu'au roc la terre de son village.
René Daumal
C'est à cela que songeait, dans sa prison, un poète condamné à mort. C'était dans un petit pays qui venait d'être envahi par les armées d'un conquérant. On avait arrêté le poète parce que, dans une chanson qu'il chantait sur les routes, il avait comparé la tristesse qui rongeait jusqu'à l'os la chair de son corps aux fumées meurtrières qui avaient brûlé jusqu'au roc la terre de son village.
René Daumal
mercredi 6 janvier 2016
Les beaux Livres
Les beaux livres sont écrits dans une sorte de langue étrangère. Sous chaque mot, chacun de nous met son sens ou du moins son image, qui est souvent un contresens. Mais dans les beaux livres, tous les contresens qu'on fait sont beaux. :
Marcel Proust
vendredi 1 janvier 2016
dimanche 29 novembre 2015
Prendre le risque de l'autre
Sachons prendre le risque de la vie, celui de l'autre, et
sachons l’accueillir jusque dans son corps. Cela nous oblige
alors à un toucher de vérité où rien ne reste inachevé.
D'étape en étape, chaque phase de notre destin s'accom-
plira et au soir de notre vie, nous saurons que notre mort
a honoré notre naissance. Car le destin ne peut mourir.
Notre histoire peut s'arrêter, mais l'histoire ne s'arrête pas.
Dans un de ses livres, Jean Giono pose cette question :
"Qu'as tu ajouté au monde ?" A notre naissance, un tout
petit panneau indicateur porte cette inscription : "tu es
prié de quitter cet endroit en le laissant pus beau que tu
ne l'as trouvé en arrivant." Celui qui oeuvre dans ce sens
ne meurt pas et la tâche qu'il a accomplie perdure à jamais,
quel que soit le domaine où elle s'est exercée.
Yvan Amar L'Effort et la Grâce
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